Épargne·8 min de lecture

Investir au-delà du livret : ce que vous achetez, et qui le choisit

Quitter un livret pour investir, c'est acheter une part de quelque chose qui existe : une entreprise, un panier d'entreprises, un immeuble. Ce que vous achetez, qui le choisit, et ce que ça coûte.

Antoine Berjoan·
Investir au-delà du livret : ce que vous achetez, et qui le choisit

Vous avez de l'argent sur un livret. Il ne baisse jamais, et vous savez ce qu'il rapporte. Quand on vous parle d'investir au-delà, une image s'impose souvent : le casino, où l'on peut tout perdre sur un coup de roulette.

L'image est fausse. Au casino, vous misez sur un tirage. Quand vous investissez, vous achetez une part de quelque chose qui existe : une entreprise, un panier d'entreprises, un immeuble. Sa valeur dépend de ce que devient ce bien. Le risque est réel, mais il se mesure et il se choisit. Voici ce que vous achetez quand vous sortez du livret, qui le choisit pour vous, et ce que ça coûte.

Le livret : une garantie, à un prix

Livret A, LDDS, compte à terme : dans les trois cas, vous déposez votre argent, et la banque s'engage à vous le rendre avec des intérêts. L'État fixe le taux du Livret A et du LDDS ; celui d'un compte à terme est fixé à la signature, pour toute sa durée. Votre capital ne baisse jamais. C'est pour cela que ces placements rassurent.

Cette garantie a un prix : un rendement faible. Au mieux, le taux d'un livret suit à peu près l'inflation, c'est-à-dire la hausse des prix. Votre argent garde alors son pouvoir d'achat, il n'en gagne pas. Quand le taux passe sous l'inflation, il en perd, même si le solde de votre relevé augmente. Le simulateur de l'impact de l'inflation montre ce que deviendra le pouvoir d'achat de vos montants, sur votre horizon.

Le livret garde toute son utilité pour l'argent dont vous pourriez avoir besoin vite : votre épargne de précaution, une dépense prévue dans l'année. La question d'investir porte sur le reste.

Investir, c'est acheter une part de quelque chose

En sortant du livret, vous changez de rôle. Vous ne déposez plus votre argent : vous devenez propriétaire d'une part de quelque chose.

Une action est une part du capital d'une entreprise. Quand l'entreprise est cotée en bourse, comme L'Oréal ou Hermès, cette part s'achète et se revend chaque jour. Sur la durée, sa valeur dépend de ce que devient l'entreprise : ses ventes, ses bénéfices, ses décisions. À court terme, son prix varie aussi avec l'humeur des marchés : c'est la volatilité.

Le même principe existe hors de la bourse. Le private equity, ou capital-investissement, consiste à détenir des parts d'entreprises non cotées. L'argent y reste bloqué de longues années, souvent jusqu'à dix ans, sans garantie de récupérer votre mise.

Une entreprise, ou un panier d'entreprises

Choisir soi-même ses entreprises, une à une, s'appelle le stock-picking. C'est un métier : lire les comptes, suivre l'actualité du secteur, ne pas vendre au premier trimestre décevant. Il y faut du temps, des connaissances solides et du sang-froid.

La plupart des épargnants passent par un fonds. Une société de gestion réunit l'argent de nombreux épargnants et l'investit dans un panier d'entreprises. Chaque entreprise détenue forme une « ligne » : une vingtaine pour certains fonds, plusieurs centaines pour d'autres. Vous confiez la sélection à un professionnel, et votre résultat dépend de tout le panier, pas d'un seul nom.

Faites varier le nombre de lignes pour voir ce que change, mécaniquement, la faillite d'une seule d'entre elles.

Nombre d'entreprises dans le portefeuille10
− 10,0 %
Impact si une seule de ces entreprises fait faillite
90,0 %
Part du portefeuille qui reste intacte

Hypothèse : les 10 lignes pèsent le même poids dans le portefeuille ; dans la réalité, un fonds peut en surpondérer certaines. Pour perdre l'intégralité du placement, il faudrait que les 10 entreprises fassent faillite en même temps, pas une seule d'entre elles. Cette proportion est une mécanique arithmétique, pas une prédiction de risque.

Avec une seule ligne, une faillite vous coûte tout. Avec quarante lignes de même poids, elle vous coûte 2,5 % : les trente-neuf autres entreprises poursuivent leur activité.

Pour perdre l'intégralité d'un fonds indexé sur le CAC 40, il faudrait que les 40 entreprises du CAC 40 fassent toutes faillite en même temps.

Qui choisit, et pour qui

Le gérant d'un fonds ne décide pas seulement du nombre de lignes. Il choisit lesquelles, avec quel poids, et quand les remplacer. Ce travail se paie par les frais annuels du fonds, les frais courants. Vous ne les voyez pas passer : ils sont prélevés directement sur la valeur du fonds.

Une partie de ces frais revient souvent à celui qui vous a proposé le fonds : c'est la rétrocession. Elle ne s'ajoute pas à ce que vous payez. Mais elle peut orienter le conseil vers les fonds qui rémunèrent le mieux le vendeur. Un conseiller qui en reçoit doit vous le dire, avec le montant ou sa méthode de calcul. C'est aussi mon cas quand je mets en place un contrat.

Quand le fonds appartient au groupe de votre banque, l'enjeu grandit : les frais restent dans le groupe, qui a donc intérêt à placer ses propres fonds. Certains réseaux ne proposent d'ailleurs que leur gamme maison. Un fonds maison peut être excellent. Pour le savoir, comparez-le à des fonds de même catégorie gérés par d'autres sociétés, sur trois critères : ce qu'il détient, ce qu'il coûte, ce qu'il a rapporté sur une longue durée, frais déduits.

ETF : un gérant qui ne cherche pas à battre le marché

Un indice mesure l'évolution d'un groupe d'entreprises cotées. Le CAC 40 suit quarante grandes entreprises de la Bourse de Paris ; le S&P 500, environ cinq cents grandes entreprises américaines. Dans ces deux indices, une entreprise pèse d'autant plus lourd qu'elle vaut cher en bourse.

Un ETF, ou fonds indiciel, est un fonds coté en bourse qui reproduit un indice, à la hausse comme à la baisse. Il a lui aussi un gérant, mais ce gérant ne sélectionne rien : il reproduit l'indice. Sans travail de sélection à rémunérer, ses frais sont nettement plus bas que ceux d'un fonds dont le gérant choisit les lignes, ce qu'on appelle la gestion active.

Pour reproduire l'indice, un ETF a deux méthodes. La plus intuitive, la réplication physique : il achète les entreprises de l'indice, toutes ou un échantillon représentatif, dans les mêmes proportions. L'autre, la réplication synthétique : il détient un autre panier de titres, et signe avec une banque un contrat d'échange, appelé swap. L'ETF verse à la banque ce que rapporte son panier ; la banque lui verse ce que rapporte l'indice. Vous obtenez la performance de l'indice sans que le fonds en détienne les titres.

C'est ce mécanisme qui permet à un ETF logé dans un PEA, tenu de détenir au moins 75 % d'actions européennes, de suivre un indice mondial comme le MSCI World : il détient des actions européennes, et le swap lui apporte la performance mondiale. Le revers de ce montage est le risque de contrepartie : si la banque faisait défaut, l'ETF perdrait ce qu'elle lui doit. La réglementation européenne plafonne cette exposition à 10 % de la valeur du fonds, et le panier détenu, ou les garanties reçues de la banque, en couvrent l'essentiel.

Cet écart de frais compte. L'économiste William Sharpe l'a montré en 1991 : pris tous ensemble, les gérants actifs détiennent le marché, et font donc, en moyenne et avant frais, exactement comme lui. Après frais, leur moyenne fait moins bien, par simple arithmétique. Certains gérants battent le marché ; pour que leurs frais en vaillent la peine, il faut savoir les repérer à l'avance.

Le même principe dans l'immobilier

Une SCPI fonctionne comme un fonds, avec des immeubles à la place des entreprises. Une société de gestion réunit l'argent de nombreux épargnants, achète des immeubles, surtout professionnels, et les loue. Vous recevez une part des loyers, après frais, en proportion de vos parts. Les OPCI et les SCI proposés dans les contrats d'assurance-vie reposent sur le même principe : un portefeuille d'immeubles géré pour le compte de nombreux épargnants. Votre résultat dépend des immeubles achetés, comme celui d'un fonds actions dépend des entreprises qu'il détient.

Ni le capital ni les loyers ne sont garantis, et revendre des parts de SCPI peut prendre des mois.

Ces parts ne s'achètent pas qu'en direct : une assurance-vie ou un PER peut en contenir, à côté de fonds actions. Un même contrat réunit alors entreprises et immeubles, sans ouvrir une enveloppe de plus.

L'immobilier acheté en direct n'échappe pas non plus au risque, malgré son image de valeur refuge. Le prix d'un logement suit des cycles, dépend des taux de crédit, et peut baisser comme monter. La pierre rassure parce qu'elle se voit et se touche, pas parce qu'elle est sans risque.

Le risque se choisit

Investir ne veut pas dire tout placer sur le plus risqué. Les supports s'échelonnent. Au plus prudent, le fonds euros d'une assurance-vie, dont l'assureur garantit le capital. Viennent ensuite les obligations : des prêts à un État ou à une entreprise, qui versent un intérêt fixé à l'avance, mais dont la valeur peut baisser si les taux montent. Puis les fonds diversifiés prudents, les SCPI, et enfin les actions.

La règle ne varie pas : moins de risque, moins de rendement espéré ; plus de risque, plus de rendement espéré, et plus de variations en chemin. Un épargnant prudent peut investir sans jamais approcher les supports les plus volatils.

La décision ne se joue donc pas entre le livret et le casino. Elle se prend en deux temps : quelle part de votre épargne doit rester disponible et garantie, puis à quel niveau de risque placer le reste, selon votre horizon de placement. Le nombre de lignes n'est qu'un des leviers de ce risque : les secteurs d'activité et les pays comptent autant. C'est le sujet de l'article suivant.

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Exemples illustratifs à visée pédagogique. Ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation sur une entreprise, un fonds ou un support en particulier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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